Géopolitique

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8 Mai 2017 – Pourquoi la Russie est (et restera) incontournable dans l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne : le cas du gaz naturel

Bien que prioritaire, le recours aux énergies renouvelables ne permettra pas à l’Europe de faire l’impasse sur le gaz naturel –dont les réserves s’épuisent aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Norvège.

L’Union européenne ambitionne de diversifier ses approvisionnements mais ces espoirs risquent d’être déçus : les importations de LNG des Etats-Unis ont été surestimées ; les importations de Méditerranée orientale et d’Iran sont des projets de très long terme.

Intéressons-nous au cas des ‘shales’ aux Etats-Unis :   

La « révolution des shales » aux Etats-Unis est la conséquence d’une ambiguïté majeure –pour ne pas dire d’une tromperie à grande échelle : à partir de 2008, l’influence démesurée de la finance et des grandes banques d’affaires sur le secteur a biaisé les grilles de lectures concernant l’état des ressources hydrocarbures et la rentabilité de leur exploitation. Puis, à partir de 2009, la Réserve fédérale américaine a favorisé la formation d’une bulle du crédit qui a créé les conditions d’un surendettement des compagnies et abouti à une surproduction de pétrole et de gaz naturel aux Etats-Unis.

De fait, qu’il s’agisse des marchés, des investisseurs ou des décideurs politiques –les acteurs dans leur ensemble ont une interprétation erronée des problématiques ‘shale oil’ et ‘shale gas’ : celles-ci sont mal perçues et mal comprises, quand les enjeux ne sont pas purement et simplement éludés.

En conséquence, la plupart de ces acteurs ignorent aujourd’hui que les modèles économiques ‘oil’ et ‘gas’ des shales américains ne fonctionnent pas –et qu’ils ne peuvent pas fonctionner, quels que soient les cours du brut : les producteurs américains n’ont jamais gagné le moindre dollar sur cette activité, quand bien même le baril était à $100 !

De fait, l’Union européenne ne doit pas nourrir (trop) d’espoirs envers le LNG américain :

Le discours ambiant est que les Etats-Unis auront un rôle majeur à jouer dans l’effort de diversification de l’Union européenne en matière d’approvisionnement en gaz naturel : entre 2020 et 2025, les exportations de LNG à partir du territoire américain pourraient représenter 30% des importations de gaz russe par l’Union européenne (voire jusqu’à 50%, selon les prévisions les plus optimistes…).

Mais ce scénario, élaboré à partir des projections de l’US Energy Information Administration (EIA), est sans doute trop beau pour être vrai. Nous en détaillons ci-dessous les raisons :

– le document de référence de l’EIA (AEO 2015) annonce que la production américaine de ‘shale gas’ augmentera de 93% entre 2012 et 2040, alors que les principaux bassins connaissent depuis 2014 une baisse globale de la productivité des puits. L’EIA ne fournit pas d’explication étayée à cette projection optimiste, qui n’est pas validée par les fondamentaux retenus par l’école indépendante de géologie aux Etats-Unis.

– des progrès techniques, des retours d’expérience, ou encore des « efficiency gains » sont désormais invoqués par l’industrie pour prédire un avenir radieux à l’activité des ‘shales’. Pourtant, il est peu probable que ces améliorations techniques parviennent à tordre la géologie : les compagnies ont exploité jusqu’à présent les bassins les plus prolifiques et les moins couteux (« sweet spots »). Or, ces derniers sont épuisés (ou en phase d’épuisement accélérée du fait du « refracking » et du « downspacing »), ce qui signifie que les compagnies devront dorénavant forer les zones les moins productives avec des rendements (EUR) en baisse.

– en conséquence, la production de ‘shale gas’ ne peut croitre sans une augmentation significative des cours du gaz naturel aux Etats-Unis. Cette augmentation des prix est inévitable à court ou moyen terme mais atteindra-t-elle le seuil critique de $8/mmbtu ? Alors que les cours du pétrole devraient rester bas sur la longue durée et que les compagnies du ‘shale gas’ sont étroitement dépendantes de ces derniers, on peut retenir l’hypothèse que nombre de puits requis pour augmenter la production dans les proportions annoncées par l’EIA ne seront jamais forés.

En conclusion :

Alors qu’un approvisionnement en gaz naturel à partir du Turkménistan est illusoire (du fait d’un statut de la Mer Caspienne qui n’est pas tranché) et que l’Iran n’a pas de culture d’exportation du gaz naturel (pas d’exportations significatives à attendre avant 2030 au mieux), les alternatives au gaz russe sont peu nombreuses.

Il est donc probable que L’union européenne ne réduira pas significativement sa dépendance envers le gaz russe ; une attention particulière doit donc être accordée aux conditions de ce partenariat incontournable avec la Russie.

Il est dans l’intérêt de l’Union européenne de faciliter l’accès de la Russie au crédit et au financement de projets stratégiques pour l’approvisionnement ‘oil & gas’ futur du marché européen.

Pour approfondir, un article de Platts du 28 avril 2017 développant notre thèse du LNG américain ‘défaillant’…

http://blogs.platts.com/2017/04/28/us-natgas-could-put-squeeze-on-lng/

 

Archives

On assiste régulièrement à des tensions politiques entre la Russie et l’Europe. Vladimir Poutine a été intronisé par ses pairs pour redonner à la Russie sa place dans le concert international.

Et il y réussi pleinement, bien aidé par une demande de l’energie qui replace son pays aux premiers rangs des producteurs.

Mais, contrairement aux autres puissances énergétiques, la Russie dispose d’un outil de production incomparable et d’une main d’oeuvre expérimentée.

Il est certain que les mois et les années à venir verront une même volonté de la Russie de s’affirmer et de consolider son pré carré et son influence.

Ces rapports de force en Europe ne manqueront pas de faire appel aux sentiments nationalistes.

Au delà des élections de 2008, on verra en politique intérieure comme en politique extérieure une communication axée sur l’orgeuil et la fierté du peuple russe.

Vladimir Poutine n’a pas lésiné pour récupérer les Jeux Olympiques d’Hiver…

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News

4 Mai 2011: Signature du glossaire de termes agréés pour le dialogue OTAN-Russie

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Amiral Giampaolo Di Paola, Président du Comité militaire de l’OTAN
Général Nikolaï Makarov, chef d’Etat-major général des Forces armées de la Fédération de Russie.
www.nato.int/

 

 

 

16 Septembre 2008 : Le nouveau rôle du Premier Ministre Vladimir Poutine.

16 Septembre 2008 : Deux bombardiers stratégiques russes Tupolev-160, en mission au Venezuela, ont patrouillé mardi le long des côtes de l’Amérique du Sud. Les avions ont décollé lundi de la base aérienne de Libertador, au Venezuela, avant de survoler la côte orientale de l’Amérique du Sud en direction du Brésil. Les deux Tu-160 ont regagné la base vénézuélienne après environ six heures de vol.

« Les équipages des bombardiers stratégiques ont effectué leur vol au-dessus des eaux neutres sans violer les frontières d’autres États et en stricte conformité avec les normes internationales relatives à l’utilisation de l’espace aérien », a noté M. Drik.

Le 18 septembre, les deux Tu-160 rentreront en Russie. Ils « décolleront de l’aérodrome de Caracas pour un vol d’environ 15 heures », a-t-il précisé. Les bombardiers seront ravitaillés en vol au-dessus de la mer de Norvège, avait annoncé plus tôt le commandant de l’Aviation à long rayon d’action Pavel Androssov. Les Tu-160 survoleront les eaux neutres des océans Atlantique et Glacial arctique avant de se poser sur la base d’Engels, dans la région russe de Saratov, le 19 septembre.

Les bombardiers Tu-160 ont atterri au Venezuela le 10 septembre dernier après 13 heures de vol sans escale. Des chasseurs F-16 de l’OTAN ont escorté les appareils russes non loin de l’Islande et de la mer de Norvège.

16 Septembre 2009 : Haut-Karabakh. Le président de l’Azerbaidjan, Ilham Aliev, intervenant devant les journalistes avec son homologue russe Dmitri Medvedev : « Malgré toutes les difficultés, il existe aujourd’hui de belles possibilités pour régler le conflit ».

13 Septembre 2008 : L’organisation CSTO comprend Russie, Biéorussie, Arménie,Kirghizstan, Kazakhstan, Tadjikistan et Ouzbezistan. Le Sécrétaire Général de l’organisation a annoncé la création d’une force de sécurité en mesure de répondre à la dégradation de la situation en Afghanistan.

13 Août 2008 : Le retour de la Russie sur la scène internationale,

 Tribune d’Hélène Carrère d’Encausse sur le Figaro :

« Cette guerre confirme, en définitive, le retour de la Russie sur la scène internationale, une Russie sûre d’elle-même, affichant ses intérêts nationaux.« 

8 Mai 2017 : Pourquoi la Russie est (et restera) incontournable dans l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne : le cas du gaz naturel

Bien que prioritaire, le recours aux énergies renouvelables ne permettra pas à l’Europe de faire l’impasse sur le gaz naturel –dont les réserves s’épuisent aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Norvège.

L’Union européenne ambitionne de diversifier ses approvisionnements mais ces espoirs risquent d’être déçus : les importations de LNG des Etats-Unis ont été surestimées ; les importations de Méditerranée orientale et d’Iran sont des projets de très long terme.

Intéressons-nous au cas des ‘shales’ aux Etats-Unis :   

La « révolution des shales » aux Etats-Unis est la conséquence d’une ambiguïté majeure –pour ne pas dire d’une tromperie à grande échelle : à partir de 2008, l’influence démesurée de la finance et des grandes banques d’affaires sur le secteur a biaisé les grilles de lectures concernant l’état des ressources hydrocarbures et la rentabilité de leur exploitation. Puis, à partir de 2009, la Réserve fédérale américaine a favorisé la formation d’une bulle du crédit qui a créé les conditions d’un surendettement des compagnies et abouti à une surproduction de pétrole et de gaz naturel aux Etats-Unis.

De fait, qu’il s’agisse des marchés, des investisseurs ou des décideurs politiques –les acteurs dans leur ensemble ont une interprétation erronée des problématiques ‘shale oil’ et ‘shale gas’ : celles-ci sont mal perçues et mal comprises, quand les enjeux ne sont pas purement et simplement éludés.

En conséquence, la plupart de ces acteurs ignorent aujourd’hui que les modèles économiques ‘oil’ et ‘gas’ des shales américains ne fonctionnent pas –et qu’ils ne peuvent pas fonctionner, quels que soient les cours du brut : les producteurs américains n’ont jamais gagné le moindre dollar sur cette activité, quand bien même le baril était à $100 !

De fait, l’Union européenne ne doit pas nourrir (trop) d’espoirs envers le LNG américain :

Le discours ambiant est que les Etats-Unis auront un rôle majeur à jouer dans l’effort de diversification de l’Union européenne en matière d’approvisionnement en gaz naturel : entre 2020 et 2025, les exportations de LNG à partir du territoire américain pourraient représenter 30% des importations de gaz russe par l’Union européenne (voire jusqu’à 50%, selon les prévisions les plus optimistes…).

Mais ce scénario, élaboré à partir des projections de l’US Energy Information Administration (EIA), est sans doute trop beau pour être vrai. Nous en détaillons ci-dessous les raisons :

– le document de référence de l’EIA (AEO 2015) annonce que la production américaine de ‘shale gas’ augmentera de 93% entre 2012 et 2040, alors que les principaux bassins connaissent depuis 2014 une baisse globale de la productivité des puits. L’EIA ne fournit pas d’explication étayée à cette projection optimiste, qui n’est pas validée par les fondamentaux retenus par l’école indépendante de géologie aux Etats-Unis.

– des progrès techniques, des retours d’expérience, ou encore des « efficiency gains » sont désormais invoqués par l’industrie pour prédire un avenir radieux à l’activité des ‘shales’. Pourtant, il est peu probable que ces améliorations techniques parviennent à tordre la géologie : les compagnies ont exploité jusqu’à présent les bassins les plus prolifiques et les moins couteux (« sweet spots »). Or, ces derniers sont épuisés (ou en phase d’épuisement accélérée du fait du « refracking » et du « downspacing »), ce qui signifie que les compagnies devront dorénavant forer les zones les moins productives avec des rendements (EUR) en baisse.

– en conséquence, la production de ‘shale gas’ ne peut croitre sans une augmentation significative des cours du gaz naturel aux Etats-Unis. Cette augmentation des prix est inévitable à court ou moyen terme mais atteindra-t-elle le seuil critique de $8/mmbtu ? Alors que les cours du pétrole devraient rester bas sur la longue durée et que les compagnies du ‘shale gas’ sont étroitement dépendantes de ces derniers, on peut retenir l’hypothèse que nombre de puits requis pour augmenter la production dans les proportions annoncées par l’EIA ne seront jamais forés.

En conclusion :

Alors qu’un approvisionnement en gaz naturel à partir du Turkménistan est illusoire (du fait d’un statut de la Mer Caspienne qui n’est pas tranché) et que l’Iran n’a pas de culture d’exportation du gaz naturel (pas d’exportations significatives à attendre avant 2030 au mieux), les alternatives au gaz russe sont peu nombreuses.

Il est donc probable que L’union européenne ne réduira pas significativement sa dépendance envers le gaz russe ; une attention particulière doit donc être accordée aux conditions de ce partenariat incontournable avec la Russie.

Il est dans l’intérêt de l’Union européenne de faciliter l’accès de la Russie au crédit et au financement de projets stratégiques pour l’approvisionnement ‘oil & gas’ futur du marché européen.

Pour approfondir, un article de Platts du 28 avril 2017 développant notre thèse du LNG américain ‘défaillant’…

http://blogs.platts.com/2017/04/28/us-natgas-could-put-squeeze-on-lng/